Cacher de petits trous avec des étampes et de la broderie (épisode 3 de l’épopée)

Les petits trous au bas des chandails sont de vrais fléaux – ils se multiplient comme des lapins en plus d’être positionnés de façon très visible. Après la grande patch géométrique et la broderie qui relie le nuage de trous, je vous propose une nouvelle idée qui est d’imprimer un nouveau motif sur le vêtement et de broder de la même couleur par dessus. Le nouveau motif distrait l’œil, qui ne se concentre alors plus sur la réparation. Voyez par vous-même ci-dessous!

cercles rouges imprimés sur un tissus à rayures avec de la broderie

Ce t-shirt présentait plusieurs défi à la réparation: tissu mince, rayures, coupe très structurée. Une réparation en plein milieu ou un peu trop organique aurait l’air extraterrestre. J’ai réfléchi longuement (plus de deux ans!) avant de finalement trouver cette solution qui se présente en de multiples étapes:

  1. Choix de l’étampe et de sa disposition
  2. Trouver et/ou sculpter l’étampe
  3. Tester l’étampe
  4. Préparer le vêtement
  5. Imprimer sur le vêtement et fixer
  6. Réparer les trous
  7. Refinir le vêtement

Ce projet est adapté pour les vêtements qui ne sont pas très extensibles, donc probablement pas votre t-shirt favori, mais plutôt une chemise ou un chemisier. Vous aurez besoin de papier brouillon, d’une étampe – tampon pour nos cousins français – (ou de matériel pour en fabrique une), de peinture à tissu, d’une éponge ou d’un petit rouleau pour appliquer la peinture, de chutes de tissu pour faire des tests, de fil à broder de la même couleur que la peinture et, si vous le souhaitez, d’un cerceau à broderie.

Choix de l’étampe et de sa disposition

La première étape – celle du bricolage – consiste à déterminer quelle forme imprimer, combien et selon quelle disposition (aléatoire, selon une grille). Je cherche d’abord et avant tout un concept qui permet de couvrir les trous – on se rappelle que le but est de broder par-dessus en ton sur ton. Je cherche aussi un concept qui pourra s’harmoniser au vêtement et à mon style. Je garde aussi en tête mon niveau d’expertise en impression textile (faible!) qui limite un peu mes options – j’évite les lignes minces et les motifs compliqués.

Commençons le bricolage. Je débute avec une photo du vêtement sur laquelle je fais quelques tests grossiers de concepts pour voir rapidement ce qui fonctionne ou pas (1). Ensuite, je fais des tests plus précis en utilisant des formes de papiers et en raffinant le placement jusqu’à trouver le concept final (2).

1 Test sur photo
différentes dispositions de formes en cartons sur un chandail rayé
2 Tests avec morceaux de papier

Je ne suis donc finalement décidée pour deux rangées de cercles organisés en grille. La disposition très structurée se marie bien aux lignes très droites du vêtement ainsi qu’à ses rayures. Conclusion: l’étampe sera un cercle dont le diamètre sera égal à la hauteur de trois rayures.

Trouver et/ou sculpter l’étampe

L’impression comme je l’ai faite ici (en anglais block printing) est une discipline en soi. Je vous explique les grandes lignes de mon expérimentation, mais je ne suis pas du tout une experte. Des tonnes de matériel existent sur le sujet, pour ma part j’ai bien aimé Print, Pattern Sew: Block-Printing Basics + Simple Sewing Projects de Jen Hewett.

Avec un peu de chance, vous avez peut-être déjà l’objet parfait pour votre projet: un pot que vous avez mis au recyclage, un accessoire de cuisine peu utilisé, une roche dans un parc, le dessous d’un verre ou d’un vase… Sinon vous pouvez sculpter une étampe mais la forme risque d’être moins parfaite. Mais avec quel matériau? Vous pourriez utiliser une pomme de terre, un morceau de styromousse, du bois (attention, difficile à sculpter) sinon vous pouvez vous procurer un morceau de linoléum dans un magasin de loisir. Peu importe l’objet choisi, il faut savoir que chaque petite aspérité à sa surface sera imprimée sur le tissu et idéalement on préfère utiliser un matériau qui ne s’écrasera pas (par exemple du carton ondulé) pour que la forme et la texture de l’étampe ne change pas au fil du temps – à moins que ce soit l’effet recherché bien sûr.

Si vous avez trouvé l’objet parfait, vous pouvez passer à l’étape suivante. Sinon, on continue.

Avant de sculpter, je commence par dessiner la forme sur du papier, exactement telle que je la veux. Ensuite je découpe ladite forme. Cela me donne une bonne idée de la difficulté à sculpter l’étampe.

Je vous avoue que je ne suis pas très satisfaite de la qualité de mes découpes d’étampes. J’ai donc trouvé cette sympathique vidéo du Centre Pompidou qui montre la découpe d’une forme simple sur une pomme de terre.

Tester l’étampe

C’est une étape cruciale pour s’assurer d’un beau résultat. L’idée est de tester l’étampe dans des conditions similaires à celles qui seront en place pour l’impression du vêtement et de faire des ajustements jusqu’à ce que le résultat vous convienne.

On prépare une table de travail exactement telle qu’on compte l’utiliser pour le vêtement final. Pour ce projet, j’ai utilisé une serviette couverte d’un grand papier, style papier kraft pour emballage. Attention: la peinture tache et est difficile à laver.

La serviette permet de donner un petit coussin au tissu pour éviter que les surplus de peinture bavent sur le vêtement. Le papier sert à lisser la texture de la serviette et à absorber une partie des surplus de peinture. À cette étape, c’est le moment d’essayer différentes combinaisons pour voir l’effet sur l’impression: du carton, une grande planche de bois… à vous de voir.

Vous aurez aussi besoin d’un outil pour appliquer la peinture, soit un petit rouleau (en caoutchouc, en fibre ou en éponge) ou d’une éponge. L’impression variera en fonction de l’outil utilisé. Je conseille d’éviter de mettre trop de peinture, car en séchant elle peut rendre le vêtement un peu raide.

Une fois la table de travail et les outils préparés, il est le temps de tester l’étampe. J’ai imprimé sur une chute de tissu de texture similaire au vêtement final avec la même peinture que je souhaitais utiliser pour le projet. J’ai fait quelques ajustements à l’étampe et à la surface de travail avant de trouver satisfaction.

Préparer le vêtement

Comme pour l’étampe, toute aspérité sur le vêtement modifiera l’impression. Dans le cas du chandail que je vous présente ici, l’ourlet du bas était mon principal obstacle. Ce pourrait être une poche, un bouton, une couture, un zip, une pince… Bref, si le tissu n’est pas à plat devant vous, il faudrait penser à enlever tous les obstacles, à bien repasser… puis à remettre les obstacles. Voir la petite animation ci-dessous pour les étapes.

Imprimer sur le vêtement et fixer

L’étampe est prête et bien testée, le vêtement est prêt, il est maintenant temps d’imprimer sur le vêtement. On reprend les mêmes étapes que pour le test: on prépare la surface de travail et on place le vêtement. Avant d’imprimer, il peut être utile de se référer à son concept initial, pour s’assurer que les impressions couvriront bien les trous. Et on imprime finalement.

Voilà, toute cette préparation en vue d’arriver à cette courte étape!

N’oubliez pas de presser ou sécher votre projet selon les directives du fabricant de peinture afin de bien la fixer.

Réparer les trous

Ah oui, c’est vrai, tout ça pour une réparation! Nous y sommes enfin. 

Pour chaque trou, ou ensemble de trous, j’ai préparé une patch intérieure. On utilise un tissu qui a une extensibilité et une texture similaire au vêtement original et un poids (épaisseur) un peu plus faible. La patch doit être plus grande que le trou, afin de couvrir le tissu autour qui est nécessairement abîmé. Pour ce projet, j’ai utilisé de l’entoilage thermocollant que je trouve pratique pour les réparations sur les tissus très minces.

Ensuite, on brode. Dans ma vision pour ce projet, la broderie est subtile et bien intégrée au vêtement. J’ai donc brodé de la même couleur que la peinture avec du fil à coudre – que j’avais déjà par un chance incroyable. J’ai brodé à quelques endroit: là où il y avait des trous, là où l’impression était imparfaite et à quelques endroits pour équilibrer. Pour accommoder la forme ronde, la disposition aléatoire des trous et mes habiletés en broderie, j’ai brodés de petits points droits dans un motif de confettis.

En couvrant, il faut s’assurer que le morceau de tissu est bien attaché à l’arrière. Par exemple sur la photo ci-dessous, les deux coins d’entoilage ne sont pas couverts de points de broderie et vont se détacher (même s’il est thermocollant, il se décollera après quelques lavages).

Refinir le vêtement

Tel qu’annoncé plus haut, il est temps de replacer ce qui a été enlevé plus haut. Dans ce cas précis, j’ai recousu l’ourlet et donné un dernier petit coup de fer à repasser. Au passage j’ai aussi remplacé un bouton qui s’était abîmé à l’arrière. Et oui ce bouton que j’ai depuis au moins 10 était également de la bonne couleur. On peut dire que les étoiles se sont bien alignées!

Ils sont communs ces petits trous… Pour plus d’inspiration vous trouverez mes autres articles ci-dessous.

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